mardi 4 mars 2014

« De la grande distribution au commerce de précision »

Agrégé d’économie, Philippe Moati est professeur à l’université Paris-Diderot. Il co-préside l’observatoire « société et consommation ». Il a notamment publié les ouvrages La nouvelle révolution commerciale aux éditions Odile Jacob et L’économie des bouquets aux éditions de l’Aube. Il livre ici sa vision de l’évolution des marchés de la distribution.
Philippe Moati
« Depuis plus d’une décennie, la distribution vit une nouvelle révolution commerciale. Le modèle des « trente glorieuses », marqué par une production et une consommation de masse, ne correspond plus à une société fragmentée, individualisée, dans laquelle les motivations des consommateurs reposent sur des aspects fonctionnels mais aussi et surtout symboliques (le rapport à la marque par exemple).
Le commerce électronique n’a fait qu’amplifier ce phénomène. Selon la formule de Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, il s’agit maintenant d’évoluer de la grande distribution vers le commerce de précision.

Diversité
Cela signifie affiner la connaissance de l’activité (en magasin et sur le Web), disposer des compétences pour effectuer un traitement analytique de ces données, optimiser l’allocation des bons produits, aux bons prix, au bon moment au bon endroit. Les distributeurs doivent aussi prendre en compte la diversité des attentes, ne plus s’adresser à tous leurs clients de la même voix mais effectuer un ciblage par segments de marché, afin de recréer de la différence et de sortir du cercle vicieux de prix toujours plus bas.

Ce commerce de précision s’accompagne d’un lien plus intime, voire affectif avec les clients. Il ne s’agit plus seulement d’échanger un produit contre de l’argent, mais de partager des valeurs, des centres d’intérêt, à l’image de ce que Leroy Merlin réalise sur l’univers de la maison.

Fournisseurs de services
La mission du commerce évolue ainsi progressivement d’une simple fourniture de produits à la résolution de problèmes, à la réponse à des aspirations. Ce lien se tisse à la fois par le réel (magasins, points relais, agences conseil) et le virtuel (messageries, sites, applications mobiles). En devenant un espace de promotion et d’expérience, le point de vente s’insère différemment dans le modèle économique des distributeurs. Non plus selon une rentabilité par magasin, mais selon une logique d’ensemble, qui mêle espaces physiques et plates-formes numériques de contact et de vente. Mais si la mise en scène des magasins, le conseil, les services redonnent aux consommateurs des raisons de s’y déplacer, ce ne sera sans doute pas suffisant pour éviter d’importante restructuration de l’appareil commercial physique. Autrement dit, la distribution cherche activement sa nouvelle martingale. » 

Source: Google (http://goo.gl/Wk5CCH)

La Théorie de la Reine Rouge

« L’évolution permanente d’une espèce est nécessaire pour maintenir son aptitude suite aux évolutions des espèces avec lesquelles elle co-évolue ». Leigh Van Valen
La force d’un concept demeure dans sa capacité à expliquer plusieurs phénomènes n’appartenant pas aux mêmes domaines de réflexion. Relier plusieurs choses différentes qui au premier abord ne semblent posséder aucunes similitudes et tirer une vérité par un même concept est un gage de sa pertinence. Ici, la théorie de la Reine Rouge est au cœur de notre réflexion. Tiré d’un épisode d’Alice au pays des Merveilles, de Lewis Caroll, cette théorie s’applique aussi bien à  la biologie évolutive qu’à la dynamique innovatrice actuelle de certaines entreprises dans certains secteurs.
La Reine Rouge
« Mais, Reine Rouge, c’est étrange, nous courons vite et le paysage autour de nous ne change pas ? »
« Nous courons pour rester à la même place
. »
Commençons par la sphère de la Biologie. La théorie de la Reine Rouge explique le phénomène évolutionniste de la course aux armements entre un prédateur et sa proie. L’évolution des espèces décrite par Darwin se base sur l’équation de la sélection : le prédateur le mieux armé, le plus rapide, donc le plus efficace attrapera plus de proies, vivra statistiquement plus longtemps et donc aura une descendance plus nombreuses. De même pour la proie, celle qui s’échappe le plus vite, se camoufle le mieux verra son taux de survie et indirectement son taux de reproduction augmenter.
Ainsi l’existence actuelle d’un couple prédateur-proie nous laisse libre d’émettre l’hypothèse qu’ils ont co-évolué, chacun sélectionnant l’autre. C’est la théorie de La Reine Rouge. Tous deux ont couru à la même vitesse au regard de l’évolution des espèces et de l’avantage compétitif que globalement cette dernière leur a apporté, mais les deux espèces sont restées à la même place. Cette théorie stipule que prédateur et proie avancent de concert, si l’un prenant un trop rapide avantage sur l’autre alors l’équilibre se briserait. D’où la nécessité pour les deux d’avancer ensemble.
La panthère et l’addax représente un exemple caractéristique de cette co-évolution. Au fil du temps, la panthère est devenue plus rapide, plus souple et toujours plus efficace pour chasser l’addax. Ce dernier a développé une ossature et un métabolisme particulier pour être toujours plus apte à s’échapper d’une attaque de panthère.
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Telle est l’innovation aujourd’hui dans certains marchés. Une course aux armements sans fin où les compétiteurs innovent sans discontinuité mais sans vision, et courent pour rester à leurs places.
Qu’en est-il des ruptures d’équilibre ? Il est évident que tout équilibre, même de l’innovation,  implique une situation inhérente de rupture, rappelons rapidement la très pertinente loi de Murphy sur le sujet : Si une situation peut mal tourner, elle va mal tourner. L’équilibre panthère-addax peut être déstabilisé par une force externe suffisamment importante, comme c’est le cas actuellement par l’Homme, qui dans sa grande sagesse ou dans son grand besoin, chasse jusqu’à la quasi-extinction notre ami herbivore. La panthère n’a plus qu’à aller voir ailleurs et perturber un autre cycle co-évolutif. Cette perturbation est un choc écologique. L’évolution entre la panthère et l’addax a sur ou sous-armé notre ami la panthère par rapport à d’autres proies appartenant à d’autres systèmes écologiques. Ainsi, le pauvre zèbre (c’est un exemple, n’importe quel herbivore d’Afrique aurait fait l’affaire) co-évoluant avec un prédateur moins « doué » en terme évolutif, se voit totalement dépassé par l’entrée du guépard, franchement plus efficace à la chasse vis-à-vis de ce qu’il a été habitué.
Cette rupture d’équilibre peut également se démontrer dans le monde sans pitié des entreprises agroalimentaires. Que se passe-t-il lorsqu’un acteur rentre sur un nouveau marché qui ne constituait pas son cœur de métier ? Il y a rupture d’équilibre du cycle de co-innovation. Ce fut le cas de Barilla qui attaqua le marché des plats préparés avec une proposition haut-de-gamme, ou lorsque Charal lance de nouvelles « box » avec deux fois plus de viande sur un marché qui s’essouffle. L’un des exemples les plus intéressants est Virgin, véritable touche-à-tout qui pénètre divers marchés, modifiant les règles du jeu et perturbant les équilibres de co-innovation présents. Même si son Virgin Cola ne menace significativement le géant Coca-Cola, il rencontre un succès véritable comparé à la palette de Cola alternatif que l’on voit débarquer cycliquement dans le paysage agroalimentaire.
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Cette co-innovation où les entreprises s’enferment, courant toujours plus vite au lancement de produits tout juste différents de l’ancien modèle, est facile à discerner par le type d’innovation que propose les différents acteurs. Ces innovations incrémentales et intempestives n’arrivent généralement pas à atteindre l’effet souhaité, qui est de voir le consommateur final racheter le nouveau modèle pour l’ancien, ou augmenter sa consommation avec le nouveau modèle, tout dépend de ce que vous proposez. Quelques exemples toujours tirés de grandes entreprises : l’Iphone 5S ou la gamme Coca-Cola. Là où l’Iphone 5S n’est apparu comme une version simplement plus grande, le Coca-Cola vanille, cherry ou black n’a pas permis à The Coca-Cola Company de gagner beaucoup de terrain sur Pepsi sur le marché mondialement bataillé du Coke.
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Comment briser un tel cycle lorsqu’on y est pris avec son concurrent ? Seule une solution suffisamment disruptive permet d’aller au-delà de cette dynamique. S’arrêter d’innover  apparaît trop risqué et trop innover est dangereux au regard de l’attente des consommateurs. La situation est complexe et nous ne possédons pas la formule magique pour sortir d’un tel cycle, surtout que ce dernier doit présenter des spécificités telles qu’il ne serait pas pertinent d’appliquer une solution générale. Nous pouvons par contre vous souhaiter bonne chance.
Au final, plusieurs leçons peuvent être tirées de cet état de fait. La première, et la plus importante est de comprendre que l’innovation a changé de visage. Au tout départ perçue comme une finalité, l’innovation avait pour objectif de libérer un potentiel tout en prenant une position confortable sur le marché, le niveau de disruption de cette innovation assurant une stabilité plus ou moins grande de ce statut. Aujourd’hui, l’innovation n’est plus une finalité, ce en quoi tend une entreprise, mais un moyen, ce que doit réaliser une entreprise. Ici, le terme réaliser s’apparie plus volontiers avec le verbe « survivre ». De nos jours, une entreprise qui n’innove pas est vouée à une mort certaine. D’où l’existence d’une innovation incrémentale, peu réfléchie et qui s’apparente plus à de l’amélioration avec le risque inhérent de décevoir irrémédiablement son fidèle consommateur en le faisant racheter chaque année quelque chose qui ne vaut pas son prix. Comme aller voir un Very Bad Trip poussé à son troisième volet où l’histoire ne tourne même plus autour des conséquences impromptues d’une soirée éthylique.
Dans un second temps, la théorie de la Reine Rouge met en lumière la situation actuelle d’une entreprise sur un marché en ce qui concerne les compétiteurs et l’innovation. Êtes-vous actuellement dans un cycle de co-innovation ? Avez-vous identifié un marché démontrant cette dynamique ? Quelle est votre situation actuelle ? A vouloir trop peu mais fréquemment innover, un marché entier peut se voir menacer par un potentiel disruptif d’un nouveau entrant.
Une dernière citation de la part d’Erica Jong qu’il faut appliquer dans sa vie, dans ses actes, dans son entreprise et dans tout événement significatif de nos courtes vies :
"Le problème, c’est que si l’on ne prend pas de risque, on risque encore davantage"

lundi 3 mars 2014

Quelle nouvelle donne pour la grande distribution ?

Comment continuer à vendre quand 68% des français disent qu'ils consomment... trop ? Que 48% disent consommer "sous contrainte"? OpinionWay et L'Express ont sondé, pour Intermarché, les attentes et les résolutions des clients.

Source : OpinionWay

Le marché du "bio" alimentaire est en croissance

Alors que le Salon de l'agriculture a fermé ses portes, la société d'études Xerfi publie un dossier spécial "agro-alimentaire" qui contient un volet sur l'agriculture bio. Zoom sans additif.

Isabelle Senand, Xerfi DR
Isabelle Senand, Xerfi DR

La filière de l'alimentation "bio" a-t-elle profité du désir des consommateurs pour des produits sains, depuis le scandale de la vache folle ? Le marché est-il encroissance ? Quelles sont les tendances de ce marché révélées au Salon de l'agriculture ? La France est-elle bien placée sur ce marché ? Réponses d'Isabelle Senand, directrice d'études à Xerfi, auteur d'une étude sur la distribution de produits bio".
Quelles sont les tendances que vous avez repérées concernant le bio lors du Salon de l'agriculture ?
Ce sont surtout des confirmations de tendances enclenchées il y a quatre ou cinq ans qui ont pu être constatées : la vogue du "made in France", par exemple, ou encore la tendance du "locavorisme" -à savoir le fait de ne consommer que des produits produits localement, dans l'environnement immédiat du consommateur. Par ailleurs, des réponses ont été apportées à l'accusation que supporte le "bio" en France, à savoir une tendance à l'importation : aujourd'hui, seulement 25% des produits bio consommés en France sont importés, contre 38% en 2009. En Europe, la France ne s'en sort pas trop mal: nous sommes numéros 2 derrière l'Allemagne pour la consommation de produits bio et, pour la production, numéros 3 derrière l'Allemagne et l'Italie.
Et quelles tendances de marché avez-vous décelées ?
Déjà, le marché du bio pèse  4, 1 milliards d'euros en France, et la part du bio représente aujourd'hui 2% de l'alimentation des Français, contre 1% en 2006.
Ce marché est toujours en croissance: nous avions prévu +3% en 2013, en fait la croissance a atteint  5% environ. Les grandes et moyennes surfaces voient leur part de marché augmenter : elle passe de 35% en 2000 à 50% en 2011. Les réseaux spécialisés se sont bien défendus, avec 27% de part de marché, et on a vu émerger des réseaux de plus en plus puissants sous enseigne "bio" spécifique: les réseaux Bio c' bon, Naturalia, Biocoop. Enfin, les boutiques indépendantes vont de plus en plus être amenées à rejoindre des réseaux spécialisés "Bio".
Quelles sont les attentes actuelles des consommateurs ?
Essentiellementl la traçabilité et la naturalité. Les consommateurs veulent en effet un maximum d’informations sur la composition et l’origine des aliments. Ces attentes, qui sesont accentuées après les récents scandales sanitaires, constituent de véritables opportunités pour les opérateurs de l’agroalimentaire.
L'alimentation "bio", c'est un concept qui semble assez vague: quels sont les grands segments du "bio alimentaire" ?
On distingue d'abord les produits biologiques (4,1 milliards d’euros en 2013 selon nos calculs). Ce marché répond à l'exigence de naturalité et progressera de 4,5% en 2014 et de 6% en 2015 pour atteindre 4,6 milliards d’euros. Ensuite, on peut citer les aliments Bleu Blanc Cœur (556 millions d’euros en grandes surfaces en  2013 selon nos calculs). Ces produits enrichis en oméga 3 par une modification de l’alimentation des animaux font l’objet d’un suivi continu depuis l’élevage. Grâce à l’aspect santé et aux garanties de traçabilité, les ventes augmenteront de 6% en 2014 et de 7% en 2015 pour représenter 630 millions d’euros.
Ensuite, on compte les produits sans gluten, un marché de 80 millions d’euros en 2013 d’après nos calculs. Ce marché, qui séduit de plus en plus les consommateurs en dehors de la cible des allergiques et des intolérants au gluten, devrait croître de 30% par an en 2014 et 2015 à 135 millions d’euros. Et enfin, les produits « clean label ». Les ventes de ces aliments, dont la liste des  ingrédients a été simplifiée (sans conservateurs, sans additifs,…), bénéficieront des nouvelles tendances de consommation. Ce marché, qui ne peut se chiffrer précisément, concerne un nombre croissant de produits.
Si le marché est en augmentation, les industriels doivent-ils continuer à communiquer?
Oui, car en fait  seule une minorité de consommateurs leur fait confiance! Pour reconquérir le cœur des Français, ces opérateurs devront communiquer davantage sur la traçabilité et la naturalité des produits. Certains insistent sur la proximité avec l’amont des filières agricoles. C’est le  cas des contrats entre producteurs laitiers et transformateurs. D’autres opérateurs privilégient le « made in France ». Findus, par exemple, a relocalisé sa production de poissons à Boulogne-sur-Mer.
Les industriels et les fabricants de produits intermédiaires surfent aussi sur le concept de naturalité. Contrairement aux allégations « santé », le caractère «naturel» des produits n’est pas soumis à la réglementation. Jouer la carte de la réduction de la teneur en sucre, sel, (etc.) améliore le profil nutritionnel des aliments. Les acteurs peuvent aussi s’engager dans le cadre du Programme National de Nutrition Santé (PNNS), à l’image des chartes signées par Nestlé. La suppression ou le remplacement d’additifs, de conservateurs et autres adjuvants pour proposer des produits plus « naturels » est aussi une alternative. Par exemple, Mondelez International supprimera les matières hydrogénées dans les biscuits LU début 2014 tandis que certains substituent déjà la stévia au sucre.
Les distributeurs, eux, ne produisent rien : doivent-ils eux aussi regagner la confiance des consommateurs ?
Oui, les distributeurs doivent valoriser leur offre de MDD ("marque de distributeur" NDLR) et regagner la confiance de leurs clients car ils souffrent également d’un déficit d’image. Pour cela, ils peuvent compter sur l’image de leurs marques propres référencées sur le segment terroir, comme par exemple Reflets de France de Carrefour, ou en santé (Casino bien pour vous ! de Casino). Mais pour séduire toujours plus de consommateurs et se différencier de la concurrence sur leur zone de chalandise, ils élargissent leur offre de produits locaux.
Et concernant les garanties de traçabilité ?
Pour sécuriser les approvisionnements et garantir la traçabilité de leurs produits, les distributeurs mettent aussi en avant leurs liens avec l’amont des filières alimentaires. Ainsi, par exemple, l’Engagement Qualité de Carrefour ou les Alliances Locales de Leclerc renforcent le lien avec les exploitants agricoles. En termes de naturalité, les distributeurs élargissent leur offre de produits biologiques, certifiés sans OGM (alimentation sans OGM des poulets fermiers d’Auvergne labellisés Engagement Qualité Carrefour), sans traitements chimiques, (etc.)
Et qu'en est-il du marché du bio au niveau des restaurants ou de la restauration hors-foyer ?
La restauration hors foyer ne reste pas inactive ! Elle  se montre aussi attentive aux attentes des consommateurs en matière de traçabilité et naturalité. Aujourd’hui, les opérateurs réalisent de nombreuses analyses sur les aliments et matières premières livrées dans leurs restaurants. API Restauration effectue ainsi plus de 5 000 analyses chaque année.
De plus, certains n’hésitent plus à informer en temps réel le client en détaillant l’origine des produits sur leur menu. A titre d’exemple, Hippopotamus (Groupe Flo) affiche son partenariat avec les éleveurs AOC Maine-Anjou sur sa nouvelle carte (octobre 2013).
Enfin, la nécessité de proposer des menus plus équilibrés en restauration hors-foyer incite les industriels en amont à élargir leurs gammes de produits locaux en foodservice. C’est le cas avec la gamme de légumes « 100% cultivé en France » de D’aucy (CECAB).

Source: Challenges (http://goo.gl/SLi29Z)

Les ruses de la grande bouffe

Les nutriments valent-ils mieux que les aliments ? Est-on obsédé par les omégas 3 ? L’Américain Michael Pollan décrypte dans son «Manifeste» les stratégies de l’industrie. Et donne quelques recettes.

Qu’est-ce qu’un Américain peut nous apprendre sur une alimentation saine ? Plus qu’il n’y paraît. Après tout, les Etats-Unis ont toujours eu une longueur d’avance : premiers à industrialiser l’alimentation, premiers à être touchés par le désastre de la santé publique qui en découle… Et premiers à chercher des solutions ? C’est probable. En tout cas, Michael Pollan, 59 ans, auteur scientifique, journaliste au New York Times et professeur de journalisme à l’université de Berkeley, écrit depuis une dizaine d’années de brillants ouvrages sur le sujet. Son cheval de bataille: l’industrie agroalimentaire, qui nous fait avaler tout et n’importe quoi, mais surtout des céréales (sous forme de sirop dans le soda, ou d’huile dans les chicken nuggets).
Selon Pollan, en plus de rendre gros et malade, la nourriture industrielle dérègle le bon sens de l’omnivore : elle lui apprend à penser en termes de «nutriments» (oméga 3, lipides) et non plus d’aliments. Au point de ne plus savoir ni quoi, ni comment, ni quand manger. Dans son dernier livre traduit en français, leManifeste pour réhabiliter les vrais aliments, Michael Pollan remet les pendules à l’heure. Et explique pourquoi il n’est pas forcément judicieux de remplacer le beurre par de la margarine, ni nécessaire de se gaver de grenades pour aller mieux. 
D’où vient votre intérêt pour l’alimentation ?
A l’origine, je m’intéressais à la nature : j’étudiais les plantes, je cultivais un petit potager. Je n’étais pas un fin gourmet, mais j’ai compris que je devais faire attention à ce que je mangeais pour comprendre mon environnement. L’agriculture redéfinit les paysages autour de nous, elle a un impact sur l’air qu’on respire. 
Quel fut votre déclic ?
A la fin des années 90, alors que je travaillais sur mon livre Botanique du désir (2001), j’ai visité, un peu par hasard, une ferme d’agriculture intensive de pommes de terre. Je suis tombé des nues : 125 000 hectares gérés par un agriculteur derrière un ordinateur, qui, depuis son bureau, arrose les plants d’eau, d’engrais et de pesticides. Dans le lot, certains intrants sont si nocifs qu’il faut attendre cinq jours pour fréquenter les champs et plusieurs semaines avant de consommer les patates… qui finissent transformées en frites – notre pain quotidien. Avant cette visite, je ne m’étais jamais posé la question de la production industrielle. Comme la plupart des Américains, je vivais déconnecté. Cette découverte m’a donné envie de leur ouvrir les yeux. 
Les Etats-Unis restent votre terrain d’études. Dans quelle mesure vos analyses s’appliquent-elles au reste du monde ?
Le modèle américain s’est implanté partout, même si le régime alimentaire qui en découle rend gros et malade. Le Brésil possède des champs d’OGM maintenant plus grands que les nôtres. Les céréales qu’ils produisent servent à nourrir les porcs d’élevage intensif en Chine ou en Europe de l’Est. Le sort des autres pays est, à vrai dire, liée à la politique intérieure américaine : quand par exemple Michelle Obama fait pression pour que les marques de soda arrêtent de cibler les enfants dans leurs publicités, ces entreprises agroalimentaires, pour «compenser», vont redoubler d’efforts marketing dans les pays pauvres. 
Tous les pays sont-ils pareillement menacés ?
Non, les Etats-Unis n’avaient pas de culture culinaire, et donc quasiment aucun moyen de résister aux appâts de cette fast food. Ce n’est pas le cas de la France, du Japon, de la Chine ou encore de l’Italie, où est né le mouvement contestataire de la slow food. Dans ces pays, la dimension sociale des repas et les traditions alimentaires peuvent faire rempart. 
Dans votre livre, vous évoquez souvent le «paradoxe français». Quel est-il ?
Les Français mangent des aliments que les Américains jugent malsains, comme le foie gras ou la crème fraîche. Et pourtant, ils sont plus maigres et souffrent moins de maladies. Voilà pour le paradoxe. Pour ce qui est des explications, on peut supposer qu’il y a un ingrédient magique dans le vin rouge ! [rires.] Ou, plus sérieusement, que l’alimentation en France est encadrée par des règles. Vos portions sont plus petites, le grignotage est tabou, les repas se prennent en famille. Ces différences sont bien résumées par la manière dont on interroge quelqu’un sur sa faim. Aux États-Unis, on demande : «Are you full ?»(littéralement : «es-tu plein ?»). En France : «As-tu encore faim ?». D’un côté, on mange jusqu’à saturation, de l’autre, on écoute son corps. De manière générale, les Français cultivent une attitude plus décontractée à la nourriture, et sont plus dominés par le plaisir que la culpabilité. Les Américains moralisent leurs choix. Une enquête a montré que lorsqu’on présente à un Américain une photo d’un gâteau au chocolat, le premier mot qui lui vient à l’esprit est «calories» ou «faute». Le Français, lui, pense d’abord «gâteau d’anniversaire»… Une attitude plus saine puisqu’elle permet d’apprécier les douceurs sans en faire une obsession. Ces habitudes dont vous n’avez pas conscience vous protègent. Même si le marketing forcené de la fast food les met en danger. 
En quoi consiste-t-il ?
Depuis toujours, la fast food travaille à rendre son image «glamour» et paye cher des célébrités pour promouvoir ses produits [Beyoncé pour Pepsi ou David Beckham pour Burger King, ndlr.] En ce moment, Taco Bell essaie d’institutionnaliser un quatrième repas, pris vers 23 heures ou minuit. Quelle idée ! Le problème de l’industrie alimentaire est qu’elle est limitée : on peut vendre à un consommateur un nombre infini de disques ou de chaussures, mais pas de denrées alimentaires. Pour y remédier, cette industrie invente des solutions farfelues avec, jusqu’ici, un certain succès : en 2014, un Américain mange en moyenne 500 calories de plus, par jour, qu’en 1980.
Quel rôle jouent les chefs dans cette bataille ?
Un rôle pédagogique. Des gens comme Jamie Oliver ou Alice Waters (fondatrice en 1971 du restaurant californien «Chez Panisse», étendard de la slow food) ont montré au grand public que la bonne cuisine, c’est avant tout des produits issus d’une agriculture saine. Aux États-Unis, pendant des décennies, le métier d’agriculteur était méprisé : une manière de penser encouragée par l’état qui se méfiait de l’esprit contestataire et parfois populiste des paysans. Aujourd’hui, et c’est un grand progrès, de jeunes Américains s’intéressent de nouveau au travail de la terre.
Selon vous, on s’est déconnecté des aliments simples pour faire confiance au nutritionnisme qui serait «l’idéologie officielle de l’alimentation industrielle»...
L’idéologie nutritionniste est coupable d’avoir forgé des mythes pernicieux : par exemple, que le nutriment est plus important que l’aliment. On voit le résultat chez les Américains : aucun peuple ne se préoccupe autant des conséquences pour sa santé de ses choix alimentaires, et pourtant aucun peuple ne souffre autant de problème de santé lié à son alimentation. La nutrition est une science difficile à étudier, où l’on n’est jamais sûr de rien : certes, les études prouvent que ceux qui mangent plus de légumes développent moins de cancers. Mais quelle en est la raison ? Les légumes ? Ou le fait qu’en privilégiant les légumes, on mange moins de viande ? La seule certitude dont on dispose, c’est que la sagesse d’un régime culinaire traditionnel français, italien ou grec est plus fiable que tous les conseils des nutritionnistes.
Mais les conseils des nutritionnistes obéissent aussi à des modes, non ?
En effet. Les lipides ont longtemps été la bête noire ; puis on est passés aux glucides, et aujourd’hui, c’est le gluten ! Certains aliments, à l’inverse, sont réhabilités par le marketing nutritionnel. L’avocat était autrefois considéré comme un ingrédient riche en lipides à éviter coûte que coûte ; aujourd’hui on le recommande pour ses acides gras mono-insaturés. Les oméga-3 des noix (qui jusque-là faisaient grossir) préviennent maintenant des maladies cardiaques. La grenade a le vent en poupe, car elle protégerait de certains cancers… En vérité, une sous-catégorie de la science nutritionnelle, en plein essor, est douée pour trouver un bénéfice santé aux produits qu’on lui demande d’étudier…
Quelles sont vos «règles» du bien-manger ?
Manger en quantité raisonnable de la vraie nourriture (et non des simili-produits comestibles dont regorgent les supermarchés, proposés dans un emballage pourvu d’allégations prometteuses pour la santé). Et surtout : manger des végétaux.
Une autre définition que vous donnez de la «vraie nourriture», ce sont les aliments que «votre grand-mère serait en mesure de reconnaître». Et les grands-pères, alors ?
Les hommes de la génération de mes grands-parents ne cuisinaient pas. C’est une des raisons pour lesquelles la qualité de l’alimentation s’est dégradée à partir des années 50 : on considérait que la cuisine ne concernait que les femmes. Quand elles se sont mises à travailler, au lieu de redéfinir une parité dans le partage des tâches en cuisine, on a confié à l’industrie agroalimentaire le soin de nous nourrir. La fast food s’est quasiment approprié le mouvement féministe. Au point que dans les années 70, une publicité de KFC montrait un seau de poulet frit avec pour légende : «libération de la femme».
Êtes-vous optimiste concernant l’avenir ?
Il y a des raisons de garder espoir : il existe des solutions pour bien manger aujourd’hui (ce n’était pas forcément le cas il y a trente ans), et les mouvements de protestation contre la nourriture facile et nocive se multiplient. Reste la question de l’argent : la fast food est, en termes de calories, le choix le plus rentable. Et c’est dans l’intérêt des autorités que la nourriture soit bon marché, puisque cela représente un énorme secteur économique… Dans tous les cas, il faut veiller à ne pas diviser le monde en deux cultures culinaires différentes, l’une pour les riches, l’autre pour les pauvres.
Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments, éditions Thierry Souccar, 248 p., 15 €.

Source: Libération (http://goo.gl/8q2UEI)

We Need to Rethink Marketing!

In a hyper transparent world, the old concepts of marketing no longer applies. In a new book, Skibsted and Hansen argues that if you want to increase brand value, improving the product is the only thing that works.

We need to rethink marketing! Instead of focussing on promotion, pricing, and placement, we should direct our attention to the product and the value it creates for the customer. That is core message that Jens Martin Skibsted and Rasmus Bech Hansen wish to convey in their new book “Back to Reality” (in Danish: Tilbage til virkeligheden).
With McCarthy’s Four Ps still being the standard model in business school curriculum and in most marketing practices, only focussing on the product and dismissing the other 3 Ps (price, place, promotion) is definitely a novel and controversial approach. The question is whether it is applicable? To explore this we took two excerpts from the book and asked the two marketing professionals Christian Bjerring, Partner and Consultant at The Consulting Firm, and Josh Spear, Founding Partner at Undercurrent, to comment on the ideas.
From “Back to Reality”, by Jens Martin Skibsted and Rasmus Bech Hansen:
“At the core of the current development is the fact that immaterial values are becoming an increasingly important aspect of a product’s or a company’s value creation, while competition across all markets are becoming more fierce and the traditional methods of creating immaterial value, like advertising, are becoming impotent. These years, the digital revolution transforms most markets and leads us in a direction where, in principle, everyone has the potential to know everything about a company or product. It is from this that the basic premise and focal point of this book is derived: Increased brand value equals increased user value, which then again equals extraordinary product value.”
“In an ultra competitive and transparent market, of which a fully digitalized market is the purest example, the marginal brand value equals the marginal value – both soft and hard – the company’s product offers the customer and the world. This is the new iron law. In other words, the only way you can increase the value of your brand is by increasing the value created by your product for your customer or user. Companies that are spending money on externalities that does not directly increase value for the target group will become less competitive than companies that only invest in the things that provide value to the customer or user.”
The equation is logical and straightforward – the execution is not
Christian Bjerring
Christian Bjerring
According to Christian Bjerring the basic premise of the book holds true, but the devil is in the execution.
“The essence of branding is to obtain and to hold a unique position in the consumer’s mind by repeating the same message or key statement over and over again. This can of course be done by communication and advertising – but also products speak their own powerful brand language. So in most cases it will be a losing battle,  to try to brand a product as something, it does not stand for or does not offer. The product and the branding of the product should be aligned. Consequently the consumer’s perceived brand value is likely to have some kind of parallelism to the nature and features of the product; the user value. Increased user value will therefore have a positive impact on the brand value, and vice versa.
The question is then: Does increased brand value or increased user value lead to increased product value? The answer is yes. The more attractive a product or a service appears to be to its audience, the higher the value of the product or the value of the company.
As the logic of equation is true and almost obvious, the interesting question is: Why is it so difficult to increase product value by increasing the brand value? Unfortunately the problem lies in nature of the disciplines of producing and branding: First of all the producer of the product must be able to look from the outside in – to truly meet the customer’s needs and expectations. This sounds easy, but many companies fail. A product is made in a factory, a brand is bought by a customer, and these two parts of the equation does not comply easily. Next, in the discipline of branding it is vital to focus on the exact, right product feature that adds most value to the customer experience, in order to succeed. And often wrong choices are made. Last, but not least – having found the best possible brand position – the branding of the service or product must be consistent throughout all communication in all channels in order to build, hold and increase the value of the brand. Not an easy task, either. So, even though the equation is logical and straightforward, the execution is not.”
“In order to put the equation to the test, first of all it is necessary to look beyond both poor branding and low quality products, that does not live up to the customer’s expectations. Having done that, I still haven’t found any exceptions. Even brands with a brand promise that clearly and intentionally differ from its product attributes – like e.g. Marlboro which is an unhealthy product that positions itself in a healthy, outdoor environment – brings added user value to its customers due to the lifestyle it associates to. And by doing so the product value of the cigarette increases.
Also brands that does not position themselves as high quality – are able to increase user value which equals extraordinary product value: Just like the user value of, for instance, a car branded as a cheap car, is the ability to get around without paying a lot – which again adds product value and increases the value of the company. And it goes for low-cost supermarkets as well. They are of course not able to charge premium prices, but nevertheless the company value increases because of the increased user value of cheap shopping.
In others words, it is my belief that well executed branding will add increased user value and extraordinary product/company value regardless of industries and markets. And increased product value will do the same.“
Make the customer feel at home
Josh Spear - photo credit Joshspear.com
Josh Spear – photo credit Joshspear.com
Josh Spear was less convinced by the argument. He acknowledged the core idea, but was not willing to abandon the traditional marketing principles.
“I agree, that it’s the products themselves that ultimately create the most value that can stand the test of time– however not in the order of operations he suggests in this translation.
A single brands ability to increase a user’s value correlates directly to the usage of a product or service in some way.  The worlds most valuable brands didn’t get there just on advertising– although that helped, they created a level of consistency that made a user, customer, or human feel at ‘home’ within that brands world.
There are few industries that this is more apparent than in consumer products.  The most valuable brands in the world like Apple, Coca-Cola, Google and more rely on a set of products that customers would lay down in traffic for.  Apple consumers wouldn’t be caught dead using a PC.  Die-hard coke drinkers would rather drink something else altogether than Pepsi. Google users find no better alternative than the service they’ve become accustomed to using.”
A timely debate
Industries are evolving and we are experiencing a more transparent world, which challenge some of the cornerstones of traditional marketing. But it is an open question whether this will lead to the fall of marketing as we know it, or if marketing will simply adapt to the new circumstances? “Back to Reality” introduces a timely debate on the future of marketing; a debate that we should not disregard. Regardless of whether Skibsted and Hansen’s suggestions will create a shift in marketing or not, we need to be willing to continuously challenge and develop our practices – and “Back to Reality” provides a qualified starting point for such a discussion.
Source: Grasp (http://goo.gl/NergWV)

Prodotti biologici, mercato in crescita Italia prima in Europa per esportazioni

Incremento dell'8,8% dei consumi di prodotti biologici. I dati dall'Associazione italiana per l'agricoltura biologica (Aiab).
Roma, 2 mar. - (Adnkronos) - In Italia, nonostante il calo del 3,7% dei consumi alimentari convenzionali, si e' registrato un incremento dell'8,8% dei consumi di prodotti biologici. Sono dati riportati in una ricerca elaborata dall'Associazione italiana per l'agricoltura biologica (Aiab), sulla base di indagini della Fondazione italiana per la ricerca in agricoltura biologica e biodinamica (Firab) e su rilevazioni Ismea Gfk-Eurisko.

L'Italia si conferma il primo paese europeo per esportazione di prodotti biologici e protagonista sulla scena europea e mondiale: poco meno di 50 mila operatori impegnati nella produzione, su 1,2 milioni di ettari di terreno, muovono un giro di affari di oltre 3 miliardi di euro. La Germania e' il principale paese acquirente di prodotti bio provenienti dal nostro Paese, soprattutto di ortaggi, frutta, vino, olio e pasta. Per quanto riguarda la domanda interna, il tasso di crescita e' stato piu' elevato negli anni della crisi economica (+7,8% della media annua) che in quelli precedenti (+3% del 2008-2009). Il fatturato dato dalle vendite al dettaglio in negozi specializzati, grande distribuzione, vendite dirette in aziende agricole, gruppi d'acquisto, ristorazione e altri canali di filiera corta e' stimato in circa 2.011 milioni di euro.