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lundi 10 mars 2014

L’aquaculture, pilier alternatif de la pêche responsable ?

La pisciculture de Laurent Murgat (ici avec un omble chevalier « volant ») respecte la charte qualité « aquaculture de nos régions », offrant de nombreuses garanties: respect du rythme biologique, traçabilité, qualité de l’eau (D.R.)
Elle favorise les circuits courts, repeuple les sites maritimes et d’eau douce, respecte des normes environnementales toujours plus drastiques, et caviar sur le gâteau, arrive à bluffer les palais de chefs étoilés. Preuves à l’appui, le CIPA a mené une opération séduction à sur les atouts de la filière en Rhône Alpes. Détails.
Effectuant un tour de France de découverte de l’aquaculture des régions, le Comité Interprofessionnel des produits de l’aquaculture (CIPA) a choisi l’Isère comme escale en Rhône Alpes pour réunir pisciculteurs, transformateurs de produits, traiteurs, restaurateurs, grossistes, autour d’un déjeuner/table ronde. Aux fourneaux et au service, les élèves en CAP restauration et cuisine du Lycée professionnel de Voreppe, avec à la toque, le chef Tugdual Debéthune du Centre Culinaire Contemporain de Rennes. Après une mise en bouche de tartare d’omble chevalier provenant de la ferme Murgat de Beaufort en Isère, les deux tests sur des échantillons d’élevage et sauvages de turbot et de bar (excellemment cuits !) furent édifiants : 20/29 des invités ont désigné le turbot de la ferme maritime de Montpellier comme d’origine sauvage, et 15/29 ont fait de même pour le bar d’élevage de la ferme corse Gloria Maris. Objectif de la démonstration: convaincre restaurateurs  et acteurs de la distribution de se tourner vers les produits frais et dérivés de poissons d’élevage locaux en région Rhône-Alpes, l’une des plus grandes consommatrices de salmonidés en France. Fournissant 50%  de l’approvisionnement mondial en poissons (9% en 1980), la filière  reste un secteur  sous exploité en France, puisque 87% des poissons d’élevage sont importés.
Une production aquacole de qualité
Le plus gros potentiel, le développement de l’aquaculture maritime, est encore frileux, et celui d’eau douce principalement basé en Aquitaine, Bretagne, et Nord Pas de Calais/Picardie stagne. «C’est très compliqué de développer en eau douce en raison de la complexité réglementaire touchant l’eau et l’environnement, il faut pouvoir acheter un site extérieur. Le développement est trop lent en France, mais on a l’avantage de bénéficier d’une très bonne image de qualité» explique Laurent Murgat, Président de l’ADAPRA (développement de la pêche en Rhône-Alpes). A la tête de la plus ancienne pisciculture familiale de France depuis 1898, l’homme bichonne avec son frère, truites Fario et arc en ciel, ombles chevaliers et saumons de fontaine dans les eaux cristallines des fontaines de l’Oron. Sa production de 650 tonnes est vendue en frais ou vivant à plusieurs fins : vente directe à la ferme, vente d’alevins pour la pêche de repeuplement ou d’autres piscicultures, vente à des grossistes. Elle honore régulièrement les tables de Paul Bocuse et autres sujets de fierté, fournit un autre descendant Murgat essaimé dans le Vercors, le cousin Jean-François qui vient d’obtenir la médaille d’or de la truite fumée au salon de l’agriculture. Fortement engagé dans la démarche de développement durable de la filière aquacole Rhône alpine, Laurent Murgat aimerait voir relever le défi de l’aquaculture: arriver à réduire la part des ressources marines dans l’alimentation. Grâce à la substitution croissante par des farines céréales et terrestres, il ne faudra plus qu’1kg de poissons sauvages (non consommables et chutes) pour produire 1kg de poissons d’élevage en 2020. « Aujourd’hui, on est sur des pistes innovantes comme l’utilisation des insectes. Pour la truite, ce serait le repas idéal, c’est un poisson qui est très équilibré en oméga 3 et oméga 6, et un mixte de crevettes et d’insectes serait parfait pour assurer cet équilibre ».
Nanouk Lantran
Les chiffres Clés – La pisciculture en Rhône Alpes

. 3161 tonnes de salmonidés produits sur 40 sites (28 entreprises) dans la Drôme, l’Isère et l’Ardèche
. 1200 tonnes dont 600 de carpes produites sur les 14 100 hectares d’étangs (1600 en Forez, 11 600 en Dombes)
. 500 tonnes produites par 60 pêcheurs professionnels sur les lacs alpins (Léman, Bourget, Annecy).
La pisciculture en France
. 48100 tonnes de poissons dont 36000 tonnes de truites (3ème rang européen) et 5000 tonnes de poissons marins (France pionnière en alevins)
. 2500 emplois directs
. 260 millions d’€ de CA
Source: L'Essor (http://goo.gl/Yqp9Py)

mercredi 21 août 2013

Poisson d'élevage chinois: enquête sur les risques sanitaires

Leur production se retrouve au rayon des surgelés européens ou américains. Mais, dans nombre de fermes piscicoles, les normes sanitaires sont moins respectées que celles du rendement... Plongée dans un monde opaque qui n'hésite pas à frauder.

Poisson d'élevage chinois: enquête sur les risques sanitaires
La Chine assure la moitié de la production mondiale de tilapia, le troisième poisson le plus populaire de la planète. Ici, l'usine Go-Harvest, à Zhanjiang.
© Harold Thibault
D'emblée, Steven avait prévenu son prétendu client : son usine n'a pas reçu la licence CIQ, du nom de l'Administration chinoise du contrôle de la qualité, de l'inspection et de la quarantaine. En principe obligatoire, ce certificat représente la garantie par les services de l'hygiène de Pékin qu'un producteur respecte bien les normes en vigueur pour l'exportation vers l'Union européenne. L'entrepriseHi-Taste ("goût exquis") n'a jamais obtenu le sésame. Qu'à cela ne tienne...
>>> Retrouvez notre dossier complet: Alertes dans nos assiettes
"Franchement, assure Steven, il ne faut pas s'inquiéter pour ça." Il suffira d'utiliser les documents d'une autre usine dont il connaît bien le gérant : "Nous vendrons sous leur nom, explique Steven. Au début, je sais, cela étonne. Mais tous les clients finissent par comprendre." Si l'opération tourne mal et que lesdouanes du port européen détectent un produit chimique illégal, par exemple, il suffira de montrer aux agents les papiers de l'usine prête-nom.
Le manager de Hi-Taste a déjà eu recours à cette combine pour expédier des conteneurs vers l'Espagne. Ce que confirme volontiers Simon, l'un des patrons de Kelong, l'usine complaisante que Steven se propose de solliciter en échange d'une commission : ce mode opératoire a aussi été utilisé il y a quelques mois par une entreprise française, assure-t-il. Mais il refuse de donner son nom.
Une fois précisée cette formalité à propos de laquelle "il n'y a vraiment pas à s'en faire", Steven, assis dans son bureau orné d'un portrait de Mao, prodigue ses conseils en affaires. A son avis, puisque l'économie marque le pas en France, le plus judicieux serait de se lancer dans le trading vers l'Afrique. C'est en direction de ce continent que partent les filets de poisson les moins beaux, parfois cassés ou un peu marron. "C'est plus simple, ajoute Steven. En Afrique, personne ne contrôle."
Dans le sud-est de la Chine, dans la très industrielle province du Guangdong, la ville de Zhanjiang est désormais la capitale planétaire de deux marchés mondialisés - la crevette et un poisson, le tilapia. Ici, les producteurs proposent des filets de toutes tailles, avec tous les niveaux de glaçage d'eau possibles : une fine couche d'eau glacée entoure les filets achetés au rayon surgelé afin d'éviter que le froid ne brûle le produit. Selon les demandes des marques, 10, 20 ou 30 % du poids total du filet peut donc être de l'eau glacée. En fonction des exigences des douaniers de chacun des pays du monde et selon les besoins des négociants, toutes les pratiques ont cours. Qu'elles soient légales ou non.

L'espèce se reproduit sans peine 

Ici, à Zhanjiang, les industriels de la filière piscicole se sont pris d'amour pour un poisson en particulier, le tilapia. En octobre 2010, une spécialiste de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture constatait dans une note de recherche que la production mondiale de ce poisson avait explosé depuis deux décennies, passant de 830 000 tonnes en 1990 à 1,6 million en 1999 et à 3,5 millions en 2008, avant d'enregistrer une légère décélération. La République populaire demeure de très loin le premier fournisseur de la planète et ses fermes d'élevage assurent à elles seules la moitié de la production mondiale. Une part d'autant plus remarquable que le tilapia, originaire d'Afrique, n'a été introduit qu'en 1978 en Chine, dans la province centrale du Hubei.
Poisson d'élevage chinois: enquête sur les risques sanitaires
© Harold Thibault
Dans les usines, il est courant de se procurer la marchandise dans des fermes qui n'ont pas les licences requises.
Depuis, la hausse de la demande internationale a poussé les fermiers du Guangdong à franchir le pas. Car le tilapia a toutes les qualités : il grandit vite, tombe peu malade, se reproduit sans peine, offre de forts rendements. Le tilapia est devenu le troisième poisson d'élevage le plus populaire de la planète, après la carpe et le saumon. On le trouve en filets dans tous les supermarchés d'Amérique du Nord et d'Europe, lorsqu'il n'est pas utilisé comme matière première dans les plats surgelés. Bref, tout le monde apprécie ce poisson d'eau douce... sauf, précisément, les habitants de la région qui s'étend de Zhanjiang à Maoming, dans le Sud-Est chinois, d'où ont surgi des dizaines d'usines et un nombre incalculable de petits éleveurs. La raison en est simple : dans ce secteur proche de la mer de Chine méridionale, les habitants trouvent que cette espèce d'eau douce, qu'ils élèvent, n'a pas de goût.
"Le poisson d'eau de mer a bien plus de saveur", affirme Li Jie, l'air amusé, un producteur dont les bassins sont situés à proximité de la zone urbaine de Zhanjiang. Son élevage de tilapias rapporte entre 2 000 et 3 000 yuans par mois (entre 250 et 370 euros) à ce père de trois enfants - tout juste de quoi couvrir les besoins essentiels de la famille, mais pas assez pour vivre dans l'aisance. Voilà pourquoi, sans doute, près de 30 % des éleveurs piscicoles des environs de Zhanjiang ont changé d'activité ces deux à trois dernières années. "Certains parlent des aléas de la météo, explique Li Jie.
Mais la raison principale est ailleurs : les usines nous achètent le poisson à un prix trop faible. Les patrons nous disent qu'ils n'ont pas le choix s'ils veulent conserver leurs clients à l'export." C'est ça aussi, la mondialisation. La moitié de la production mondiale de tilapia est basée en Chine, car les producteurs de ce pays ont accepté de rogner sur les prix.
A la pression sur les marges s'ajoute le manque de formation des patrons de petites fermes piscicoles. Li Jie le reconnaît : "La plupart ont une faible connaissance de la science de l'élevage, ils ne savent pas qu'il faut davantage oxygéner l'eau l'été, par exemple. Personne ne les conseille, alors les pertes grimpent." Dans le même temps, les prix des granulés d'alimentation pour ses tilapias n'en finissent pas d'augmenter : ils atteignent l'équivalent de 14 à 16 euros les 25 kilos selon la qualité. Au cours de la dernière année, explique Li Jie, la nourriture des poissons a coûté environ 21 000 euros, auxquels s'ajoutent les salaires et la location du terrain. "Les affaires ne sont pas bonnes", dit-il.
Nombre d'usines et de petites fermes piscicoles de Zhanjiang abandonnent, mais d'autres ont ouvert ailleurs, notamment sur l'île voisine de Hainan, moins développée. Là-bas, explique Lau Jamark, un commercial de Joinwealth, la licence CIQ, destinée à rassurer les douaniers européens, s'obtient en vingt-cinq jours. Il faut patienter une quarantaine de jours pour obtenir une certification dans la région de Zhanjiang.

Un futur tilapia plus performant...

Le gouvernement chinois est sensible aux difficultés des éleveurs, qui se plaignent d'être écrasés par le marché. Dans la province du Guangxi, une "équipe d'innovation pour le tilapia", financée par l'Etat, aurait créé une nouvelle espèce, le "Baigui no 1", capable d'atteindre un bon poids - et un prix correct - en deux mois à peine.
En attendant la commercialisation de ce prodige, les producteurs subissent les pressions économiques de leurs clients, occidentaux en particulier. L'usine Joinwealth a parfois travaillé avec la Fishin' Company, fournisseur de Walmart , la chaîne américaine de supermarchés discount, mais ses patrons ont dû attendre trois mois, après l'envoi de la commande, pour être enfin payés. Cette entreprise, basée à Seattle, a même essayé de convaincre son fournisseur de récupérer une partie de sa commande déjà livrée outre-Pacifique, après avoir constaté un trop-plein de ses stocks, ce qui ne facilite pas la tâche pour les usines chinoises.
Cette pression incessante sur les prix a un impact sur la qualité. Certains éleveurs sont tentés de donner davantage d'antibiotiques aux poissons, car ils craignent de gagner trop peu. Steven, le manager de Hi-Taste, explique que les petits exploitants de fermes piscicoles sont très malins dans ce domaine : "Si on leur donne une nouvelle liste de produits chimiques interdits sur les marchés à l'export, ils vont immédiatement utiliser autre chose."
Quant à Li Jie, l'éleveur, il rogne sur les frais de nourriture des poissons : à proximité de ses bassins, il a créé une porcherie, de sorte que les excréments de ses cochons sont déversés dans le bassin des tilapias, même s'il prend soin de préciser qu'il ne s'agit là que d'une portion de leur régime alimentaire. Agé de 31 ans, dont sept dans le métier, l'éleveur ignore dans quels pays partent ses poissons une fois coupés en filets et surgelés. De fait, la traçabilité est inexistante jusqu'au bassin d'élevage : un intermédiaire vient simplement relever la production de son bassin, la paie au prix du marché, puis la livre aux usines de la région, qui se chargent de l'expédition sans distinguer entre les éleveurs.
A l'usine Kelong, Simon s'appuie sur un réseau d'une vingtaine de producteurs environ, dont il assure qu'ils ont tous fait l'objet d'une inspection des services de l'hygiène chinois, mais l'irrégularité des commandes est telle qu'il se fournit parfois ailleurs. Si l'un de ses gros clients, tel Beaver Street Fisheries, un fournisseur de Walmart, lui passe une commande de 10 à 15 conteneurs, à honorer en quelques semaines, il est bien obligé de se procurer la marchandise dans d'autres fermes, qui n'ont pas les licences requises. Kelong travaille aussi pour Froconsur, un agent néerlandais qui vend par conteneurs à des clients européens.
Les normes de l'UE divergent parfois de celles du marché américain. Letraitement au monoxyde de carbone, par exemple, est interdit dans l'Union européenne... mais presque systématiquement exigé par les distributeurs américains. Ce procédé permet au filet de tilapia de conserver longtemps sa couleur initiale ; il en améliore l'aspect extérieur, mais réduit d'autant l'alerte naturelle que constitue, pour le consommateur, le changement de teinte d'un filet de poisson au réfrigérateur.
A l'usine Go-Harvest, la directrice commerciale, Lucy Zhong, explique qu'elle tient à sa licence d'exportation vers l'UE, obtenue au prix d'investissements et d'efforts sur le plan de l'hygiène considérables : "Certains de mes concurrents acceptent d'appliquer un traitement au monoxyde de carbone sans le marquer sur le papier, mais, si le conteneur est inspecté à l'arrivée sur le marché européen et que vos douaniers s'aperçoivent de quelque chose, ce sera déclaré à la Chine et je peux perdre ma licence CIQ. C'est un risque que je ne veux pas prendre." Tout au plus reconnaît-elle que les poissons sont plongés dans une eau à laquelle est ajouté un anesthésiant chimique durant le transport entre les fermes et l'usine. Un procédé habituel qui permet d'éviter que les poissons, entassés en grandes quantités durant le transit, ne se tuent ou n'aient la peau abîmée.

Un truc pour franchir la douane 

Les normes européennes amusent beaucoup Steven. Dans son bureau de l'usine Hi-Taste, il prend à témoin le visiteur : "Pour obtenir la fameuse licence, il faudrait que le lieu de production soit à plus de 50 mètres des dortoirs des ouvriers. Totalement irréaliste !" Ici aussi, un carton de la Fishin' Company, posé sur la table, confirme qu'une bonne partie de la production finira dans les supermarchés Walmart. A la fin de la conversation, alors qu'il fait découvrir son usine, Steven précise qu'il n'est pas nécessaire de changer ses chaussures car les employés sont en pause déjeuner.
D'ailleurs, un rinçage à l'eau est effectué chaque jour. La demande de tilapia est telle qu'il va ouvrir une deuxième ligne de production, explique-t-il. Les machines sont déjà en place. Liaquath Ali Khan, un ressortissant indien, sert d'intermédiaire avec les grands distributeurs. Ses deux principaux clients sont Walmart et Aldi, confie cet homme originaire d'Hyderabad, qui se targue d'avoir développé un truc pour franchir la douane aux Etats-Unis : les sept premiers conteneurs feront l'objet d'une inspection rigoureuse, mais, s'ils parviennent à passer, le contenu des 10 à 15 suivants ne sera sans doute pas analysé. Le tour est joué.
"Ce sont des problèmes de gouvernements", renchérit Steven. Son objectif est de les surmonter afin de résoudre une équation plus fondamentale : produire à un prix satisfaisant pour le client étranger. D'ailleurs, les bassins de taille réglementaire, dont dispose son entreprise, sont uniquement destinés à satisfaire les exigences des inspecteurs : "95 % du poisson vient des fermes et, à vrai dire, les fermiers sont au-delà de notre contrôle."

lundi 19 août 2013

Les poissons remontent vers le nord

Une étude internationale chiffre l’ampleur d’une migration de grande ampleur des espèces marines vers les zones polaires. Un phénomène qui explique l’actuelle «guerre du maquereau» entre l’Union européenne et Islande.

La «guerre du maquereau » vient de se rallumer. Le 28 juillet dernier, l’Union européenne a ouvert la voie à de nouvelles sanctions contre l’Islande qui a unilatéralement augmenté en 2010 ses quotas de prise de maquereaux.
Alors que cette espèce n’était pas du tout présente dans les eaux de ce pays très septentrional jusqu’au début du XXIème siècle, elle s’y trouve désormais en abondance du fait du réchauffement climatique. Le même phénomène est intervenu avec le hareng pour les Iles Feroë. Ces deux pays profitent donc de cette manne.
Pour les Européens et notamment les Ecossais qui dépendent beaucoup de cette pêche, ces poissons font partie de la même population qu’il convient d’exploiter avec précaution. Mais les Islandais et les Féringiens comptent bien prendre leur part de ces richesses apportées par le réchauffement des eaux.

Un phénomène mondial

Ce conflit est l’une des conséquences d’un phénomène mondial qui vient d’être mesuré. Des études partielles sur quelques espèces et dans certaines régions maritimes montraient déjà un phénomène en cours: les poissons remontent vers des eaux plus fraiches. Ainsi, depuis une dizaine d’années, les poissonniers français de la façade atlantique ont pris l’habitude de commercialiser des balistes, poissons tropicaux habitués des récifs coralliens qui sont aujourd’hui capturés jusque dans la Manche.
Mais, il n’existait pas encore d’études globales pouvant donner une idée de l’ampleur d’un mouvement de migration peu étudié jusqu’ici puisqu’il ne représentait que 1% des travaux compilés par le quatrième rapport du GIEC en 2007. C’est chose faite avec l’article publié le 4 août dans Nature Climate Change.
"Le changement climatique a déjà eu un impact concret et significatif sur tous les écosystèmes" Elvira Poloczanska. CSIRO.
Une équipe internationale de scientifiques américains, australiens, canadiens, européens et sud-africains ont revisité 1735 études portant sur les changements biologiques constatés au sein de la vie marine. Aucun des océans n’a été oublié et certaines études révèlent des tendances s’inscrivant sur quatre décennies: «le changement climatique a déjà eu un impact concret et significatif sur tous les écosystèmes (côtier et grand large), à toutes les latitudes (des polaires aux tropicales) et à tous les niveaux de la chaîne trophique (du plancton aux requins)» annonce la principale auteure de l’étude, Elvira Poloczanska, du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization (CSIRO, l’équivalent australien du CNRS)

Les espèces marines migrent de plus de 70 km par an vers des latitudes plus élevées


Les changements impliquent à la fois les aires de répartition des espèces et leurs périodes de reproduction. 81% des études sont parfaitement cohérentes avec les effets qu’on peut attendre d’une augmentation des températures de l’eau.
Ainsi, en moyenne, les espèces marines sont remontées de 72 kilomètres par décennie vers des latitudes plus élevées. Sur terre, ce déplacement n’est que de six kilomètres. Le phytoplancton est le plus véloce avec 470 kilomètres tous les dix ans, devant les poissons osseux (277 kilomètres par décennie) et le zooplancton invertébré (142 kilomètres). Sans surprise, les mollusques, crustacés et grandes algues sont les plus lents.
Les périodes de reproduction au printemps sont également perturbées. En moyenne, elles se déroulent quatre jours plus tôt que dans la décennie précédente, et cela peut atteindre même onze jours pour les larves de poissons.

Les migrations marines se font toujours sur de grandes distances

Les chercheurs ont par ailleurs mis en lumière un phénomène très subtil. Sur terre, les espèces n’ont souvent que peu de distance à effectuer pour monter en altitude et retrouver les conditions qui leur conviennent. Rien de tel en mer où les différences de températures sont moins marquées: «comme la surface des océans est relativement plate, les plantes et les animaux marins doivent parcourir de plus grandes distances pour retrouver leurs conditions de vie préférées » poursuit Elvira Poloczanska.
Ces déplacements de  la vie marine auront de grandes conséquences sur les activités humaines et notamment sur l’alimentation puisque la moitié de l’Humanité dépend des produits marins pour ses apports en protéines, préviennent les auteurs de cette étude. Les conflits ont déjà commencé comme le démontre la «guerre du maquereau ».
Loïc Chauveau, Sciences et Avenir

mercredi 19 juin 2013

Surpêche : les poissons pourraient disparaître d’ici 2035

Les mers sont surexploitées et cela commence à devenir assez inquiétant. Une espèce de poisson sur trois est menacée d’extinction. Les autres peinent à se renouveler alors que le nombre de captures augmente. Sur le banc des accusés : la pêche industrielle, allègrement subventionnée en Europe, et finalement peu créatrice d’emplois. Face à cette menace, des artisans pêcheurs ont décidé de s’allier avec l’organisation écologiste Greenpeace, et des ONG pointent les mauvaises pratiques des grandes enseignes. Enquête.
Imanol Ugartemendia a commencé sa vie de pêcheur sur les grands chalutiers pélagiques, trainant des filets de plusieurs dizaines de kilomètres qui enserrent dans leurs nasses des milliers de tonnes de poissons. Il n’en garde pas un très bon souvenir. « On maltraitait le poisson, que l’on rejetait mort par centaines de kilos [1]. Soit parce que les quotas étaient atteints. Soit parce que ce n’était pas la bonne espèce. On faisait vraiment du sale boulot. En plus, on partait pendant quinze jours, et je n’aimais pas l’ambiance à bord. » Il a donc pris le large, et s’est mis à la « petite pêche ». Il traque désormais, au fil des saisons, le merlu, le bar, et parfois le congre. Seul à bord d’un petit bateau, il travaille non loin des côtes et rentre au port tous les soirs. Imanol fait maintenant partie de ceux que l’on appelle « les moins de 12 ».
« Nos bateaux mesurent moins de 12 mètres, nous n’allons pas à plus de 12 milles des côtes (c’est à dire une vingtaine de kilomètres, ndlr), et nous ne sortons pas plus de 12 heures d’affilée en mer », explique Gwen Pennarun, pêcheur du Finistère et membre fondateur de la plate-forme de la petite pêche artisanale française .Lancée il y a un an, cette plate-forme réunit les professionnels de la pêche qui souhaitent sauvegarder leurs « petits métiers », trop souvent oubliés des politiques. Le ministre français de la pêche Frédéric Cuvillier étant mêmeincapable de décrire ce secteur d’activité. « Pourtant, nous représentons près de la moitié des marins pêcheurs français, soit environ 8 000 professionnels, et plus de 80 % des bateaux de pêche en France, détaille Gwen Pennarun. Au niveau européen, la pêche artisanale représente 65% des emplois directs et 83% de la flotte. »
Quand les pêcheurs s’allient avec Greenpeace
Pour se faire entendre, les pêcheurs artisanaux ont décidé de collaborer avec Greenpeace, qui lutte contre la surpêche depuis plusieurs années. Parti de Roumanie le 18 mars, leur célèbre brise-glace, l’Arctic Sunrise a navigué de port en port, en Europe, pour achever sa virée à Londres, au début du mois de juin.« Nous avons, à chaque étape, embarqué des pêcheurs qui ont ainsi pu rencontrer des collègues d’autres pays », décrit Hélène Bourges, chargée de campagne Océans. Tous ces professionnels se sont réunis à leur arrivée dans la capitale anglaise.
« Pour peser sur les décisions politiques, et notamment sur la réforme en cours de la politique commune de pêche, nous avons besoin de nous organiser collectivement », explique Gwen Pennarun. Cette alliance n’est pas du goût de tout le monde. A son arrivée dans le port de Saint-Malo , à la fin du mois de mai, l’Arctic Sunrise a été accueilli par une banderole barrée d’un « Greenpeace prédateur des emplois de la filière pêche » . « Greenpeace ne s’oppose pas à la pêche mais à la surpêche », répond Hélène Bourges. « Nous défendons les professionnels qui pratiquent une pêche sélective ».
Cinq fois plus de poissons pêchés en 50 ans
Toujours présents à bord, les « petits » patrons pêcheurs maîtrisent en général plusieurs techniques de capture. Ils s’adaptent aux saisons et aux stocks disponibles, ne ciblant que les espèces qu’ils souhaitent attraper. Certains d’entre eux, à l’image des ligneurs de la pointe de Bretagne , ont même mis en place il y a près de 20 ans une période d’un mois « chômée » (du 15 février au 15 mars), pour laisser au poisson le temps de se reproduire. Ces dernières années, nombre d’entre eux ont dû renouveler leurs techniques et adapter leur savoir-faire, raréfaction des ressources halieutiques oblige. Mais leurs outils de travail restent modestes, de même que leurs charges fixes (entretien du matériel, quantité de carburants, etc.). Ce qui leur offre une vraie liberté.
« Je ne suis pas obligé de vider la mer pour payer mon bateau, résume Imanol Ugartemendia, qui vogue sans trop de stress. Ma seule véritable inquiétude, c’est le risque de disparition de la ressource. » Une inquiétude légitime. Car la mer se vide... Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les quantités de poissons pêchés sont passées de 20 millions à plus de 100 millions de tonnes, 50 % étant issues de l’aquaculture, et le reste de la pêche de capture. La consommation moyenne par habitant atteint aujourd’hui 18 kilos dans le monde. 22 kilos en Europe. Et la France caracole en tête, avec 34 kilos de poissons avalés chaque année par habitant ! Soit deux fois plus qu’il y a 10 ans. Pour satisfaire cet appétit, les bateaux doivent naviguer au-delà des eaux européennes, d’où ils rapportent 50% du poisson consommé sur le vieux continent. Ils croisent notamment au large de l’Afrique noire, où ils pillent les ressources des professionnels locaux.
Une espèce sur trois menacée d’extinction
Aux exigences croissantes des consommateurs, s’ajoutent d’importantes évolutions technologiques qui ont accru les capacités de capture des navires.Soumis à un rythme frénétique de prélèvements, les poissons doivent aussi faire face à une pollution croissante des océans et au changement climatique. 3% des stocks mondiaux sont épuisés. 28% sont surexploités, et donc menacés d’extinction si aucune mesure restrictive n’est adoptée. 50% des réserves halieutiques sont pleinement exploitées, les captures actuelles seraient par conséquent proches du niveau de production maximale, sans aucune marge d’expansion possible [2]. Les prévisions les plus pessimistes promettent la fin du poisson pour… 2035, c’est à dire demain. Cette date a été calculée par le professeur canadien en biologie marine Boris Worm, sur la base des tendances actuelles de baisse des stocks [3].
L’Europe, quatrième producteur mondial de pêche et d’aquaculture, joue un rôle de premier plan dans la raréfaction de ces ressources. La surcapacité de pêche est deux à trois fois supérieure au niveau auquel les réserves de poissons peuvent se renouveler. Cette surpêche est partiellement encouragée par la politique commune de la pêche (PCP), via le Fonds européen pour la pêche (FEP), doté de 4,3 milliards d’euros pour la période 2007-2013. Les projets financés sont choisis par les États membres, en partenariat avec les organisations de producteurs. Mais les sommes dépensées ne s’accordent pas toujours avec les objectifs affichés de préservation de la ressource. Moderniser les moteurs, pour économiser de l’énergie, permet aussi aux chalutiers d’augmenter leur productivité, comme l’a signalé la Cour des comptes européenne [4]. Entre 2000 et 2008, 33,5 millions d’euros ont ainsi financé la modernisation des navires de pêche au thon rouge. Une espèce largement sur-pêchée .
Des quotas défavorables aux artisans
Des quotas de pêche, appelés « totaux admissibles de capture » (TAC), sont pourtant définis chaque année. En France, les quotas sont répartis par les organisations de producteurs sur la base de ce que les bateaux ont pêché entre 2000 et 2003. Une période de référence défavorable aux pêcheurs qui débutent leur activité. « Mon bateau n’a pas pêché de thon pendant la période de référence,témoigne Imanol Ugartemendia. Et je n’ai pas eu accès à la réserve de quotas de l’organisation de producteurs. Résultat : je regarde les poissons passer sous mon bateau. Et je ne peux même pas en ramener un à la maison pour manger ! » Les défenseurs de la petite pêche reprochent par ailleurs au système des quotas de favoriser plutôt les gros bateaux, sur-représentés au sein des organisations de producteurs. « En Méditerranée, la pêche artisanale, qui représente 84% de la flotte n’a droit qu’à 10% des quotas », détaille Hélène Bourges, chargée de campagne Océans à Greenpeace France. Selon la Cour des comptes européenne, des pressions sont exercées sur le Conseil européen pour fixer des TAC supérieurs à ceux que recommandent les scientifiques [5].
En plus des aides directes versées au titre du FEP, le secteur bénéficie de subventions indirectes, telle que l’exonération générale des taxes sur les carburants. Une manne important pour les très gros bateaux, et notamment pour ceux qui pratiquent la pêche en eaux profondes. La consommation de carburant de ces chalutiers industriels s’élève à 7 000 litres de gasoil/jour au minimum. « Il en faut du pétrole pour tirer leurs moteurs de 2000 chevaux ! », sourit un pêcheur. Apparue dans les années 1970, à mesure que les stocks de poissons s’amenuisaient dans les eaux côtières, cette pêche convoite les espèces qui vivent en haute mer, jusqu’à 2000 mètres de profondeur, telles la lingue bleue, le grenadier de roche ou le sabre noir.
La pêche industrielle, championne des subventions
La pêche industrielle est pointée du doigt pour les ravages qu’elle produit sur les fonds des océans, qui abritent une riche biodiversité. L’Espagne, qui dispose de la plus importante flotte européenne, et la France réalisent à elles seules 50% des prises en eaux profondes. De ce côté-ci des Pyrénées, trois entreprises se partagent le gâteau : la Scapêche (Intermarché), qui possède huit navires hauturiers et qui représente jusqu’à 85% du total des captures d’espèces profondes. Euronor (UK Fisheries [6]), basé à Boulogne-sur-Mer qui totalise 9% des prises et Dhellemmes (qui appartient au groupe hollandais Jaczon BV, spécialisé dans la pêche industrielle et la congélation de poissons), basé à Concarneau.
« En plus d’être destructrice, cette méthode de pêche n’est pas viable économiquement », s’insurge Claire Nouvian, présidente de Bloom , une association qui se bat pour la préservation des océans profonds, et pour la survie des pêcheurs. La Commission européenne estime que dans plusieurs États membres les coûts imputés sur les budgets publics au titre de la pêche sont supérieurs à la valeur totale des captures. Autrement dit, les citoyens européens paient leur poisson quasiment deux fois : sur les étals et avec leurs impôts. « De 2004 à 2011, la Scapêche a bénéficié de quatre types de subventions pour un montant total de 9,34 millions d’euros. En dépit de ces aides et de l’injection de 20 millions d’euros par le groupe Intermarché, la Scapêche a accumulé plus de 19 millions d’euros de pertes courantes. » Mais ces aides ne permettent-elles pas de créer des emplois ? A peine. Selon les estimations des ONG, l’activité génère entre 250 et 350 emplois équivalents temps-pleins, sur terre et en mer (secteurs du transport, de la transformation et de l’emballage compris). Moins de 2 % des emplois directs et indirects du secteur.
Greenwashing en série
En France, trois poissons sur quatre sont vendus en super ou hypermarchés. Ce qui donne une responsabilité particulière à la grande distribution. En juin 2012, le jury de déontologie publicitaire a épinglé le groupement de supermarchés Les Mousquetaires, qui possède Intermarché, suite à une plainte déposée par Bloom pour « greenwashing ». L’ire de l’association porte sur une campagne de promotion prétendant que l’enseigne s’engage « pour une pêche responsable » et qu’elle joue « un rôle déterminant dans le maintien durable de la pêche en France, qui passe par la préservation et le renouvellement des ressources marines ». Il a été demandé aux Mousquetaires de retirer leur publicité.
Ils ne sont pas les seuls à exceller en« écoblanchiment ». Leclerc s’était illustré de son côté en 2010 avec une superbe campagne expliquant « ne proposer que du thon rouge provenant exclusivement de la pêche artisanale ». Et précisant, en note de bas de page, marquée par un astérisque et en petits caractères : « Excepté les 28 senneurs (les thoniers, ndlr) listés en annexe 1 de l’arrêté du 28 janvier 2010 »… C’est à dire toute la flotte industrielle française !
Inaction de l’Union européenne
Contactés par Basta !, à propos de leur politique de sélection des espèces de poissons vendues, les deux groupes n’ont pas souhaité s’exprimer. « Côté grande distribution, il y a de vrais différences selon les enseignes », tempère Claire Nouvian, dont l’association vient de publier une enquête sur les bons et mauvais élèves. Casino et Carrefour sont plutôt bien notés, au contraire d’Intermarché, de Leclerc et d’Auchan. « Mais elles ont toutes des efforts à faire en matière de transparence. Il n’ a aucune lisibilité sur les critères de choix des espèces vendues. Qui décide de suivre tel avis scientifique plutôt que tel autre, par exemple ? »
La nouvelle politique commune de la pêche, dont le projet de réforme a été acté au début du mois de juin par le Conseil européen, obligera-t-elle les distributeurs à rendre des comptes ? Nul ne le sait pour le moment. Sous la pression notoire de la France, les ministres de la pêche ont refusé d’adopter un calendrier d’actions. Le projet prévoit cependant de privilégier les pêcheurs ayant des pratiques à faible impact sur les écosystèmes, avec un taux maximum d’emplois par kilo de poisson débarqué.
1% des océans sont protégés
« Nous attendons de voir ce qui va être véritablement être acté au niveau financier,remarque Bertrand Cazalet, du Syndicat professionnel des pêcheurs petits métiers du Languedoc Roussillon (SMPR ). Comment les fonds seront-ils structurés, sachant qu’historiquement les industriels arrivent toujours à retirer leur épingle du jeu ? » Au Comité national des pêches (CNPMEM) , instance représentative plus large que les organisations professionnelles, la réforme européenne est regardée avec méfiance. De même que la constitution d’un réseau de petits pêcheurs, en lien avec Greenpeace.
Les représentants de la profession redoutent notamment la mise en place de grands espaces interdits de pêche, recommandée par divers scientifiques, dont le biologiste français Daniel Pauly . Selon ce spécialiste mondial de l’état des ressources halieutiques, l’établissement de ces zones sans pêche se fait très lentement. Seul 1% des océans est aujourd’hui concerné par cette préservation.2% dans quinze ans. Un rythme bien trop lent pour assurer le renouvellement des stocks. Le Comité national des pêches, s’inquiète aussi du retard pris sur le calendrier prévisionnel des négociations financières. Certains patrons de chalutiers craignent d’être obligés d’adapter leurs outils aux contraintes environnementales (maillages de filets plus larges pour laisser passer les jeunes poissons par exemple) sans être soutenus financièrement.
A quand un véritable label pour la pêche ?
La Commission reconnaît que, « à court terme, les objectifs environnementaux, économiques et sociaux peuvent entrer en conflit », en particulier pendant la période de reconstitution des stocks, au cours de laquelle il va falloir réduire la voilure. « Cette question est cruciale, précise Hélène Bourges, de Greenpeace.Surtout pour les « semi-industriels », ces chalutiers d’une vingtaine de mètres, qui vont devoir réduire leurs captures alors qu’ils sont enfermés dans le cercle vicieux de l’endettement et de la nécessaire surpêche. Le volet financier de la réforme doit prendre cela en compte. Ces personnes devront être accompagnées vers des modes de pêche plus durables. Mais on ne peut pas faire l’économie du temps de reconstitution des stocks. Sans poissons, pas de pêcheurs ! Cela parait logique mais il nous semble important de le souligner. »
Les consommateurs peuvent-ils agir en faveur de pratiques vertueuses ?Comment choisir le « bon » poisson ? Il n’y a guère que lors des ventes à quai, au sortir du bateau, que le poisson peut être tracé. Une fois partis dans les circuits de distribution, tout les poissons se valent, côté traçabilité. La mise en place d’un véritable label, à l’image du logo AB pour l’agriculture biologique fait partie des demandes des artisans pêcheurs. En attendant, les consommateurs peuvent aussi se référer aux tableaux et calendriers établis par Greenpeace ou l’association Slow food . Comme pour les fruits et légumes de saison.
Nolwenn Weiler
Photos : Ivan du Roy / Basta !

Notes 

[1] Entre 20 et 50 % des prises de poissons effectuées par le secteur industriel sont rejetées à la mer.
[3] Boris Worm travaille en collaboration avec le biologiste français Daniel Pauly, Directeur du Fisheries Centre de l’Université de Colombie-Britannique, à Vancouver. Daniel Pauly est l’un des plus grands spécialistes mondiaux des ressources halieutiques. Il a développé la plus grande base de de données au monde sur la biodiversité, ainsi qu’une base de données qui cartographie les prises de pêche sur tous les océans.
[4]  Consulter le rapport de la Cour des comptes européennes en 2011.
[5]  Rapport 2011 de la Cour des comptes européenne sur la PCP.
[6] UK Fisheries, détenue à 50 % par une filiale de Parlevliet & Van Der Plas B.V., un membre néerlandais de l’association des chalutiers-congélateurs pélagiques (PFA), l’un des groupements professionnels les plus puissants défendant les intérêts du secteur de la pêche industrielle en Europe.

Source: BastaMag (http://goo.gl/WXJFU)