lundi 24 septembre 2012

Le recyclage du polystyrène expansé


Le polystyrène expansé (PSE) offre des possibilités de recyclage tout à fait intéressantes
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Développement durable - Recyclage
“Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”. La célèbre maxime du chimiste Antoine Laurent de Lavoisier s’applique parfaitement au polystyrène expansé (PSE). Ce matériau abondamment utilisé comme emballage par les acteurs de l’agroalimentaire et de la grande distribution, offre en effet d’importantes possibilités de recyclage. La France connaît une certaine dynamique en la matière, avec la constitution d’une véritable filière de traitement et de valorisation de ces déchets. Entre arguments économiques et préoccupations environnementales, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à se laisser convaincre du bien-fondé de cette démarche, même si certains freins subsistent encore.
1958. Pechiney fait réaliser un film documentaire intitulé Le chant du styrène. Les Trente Glorieuses battent alors leur plein, symbolisées, entre autres, par le plastique, ce nouveau matériau qui envahit la vie quotidienne des Français, à travers de nombreux objets de consommation. Alain Resnais à la réalisation, Raymond Queneau au scénario, Pierre Dux à la voix off… Un casting de choix pour expliquer en images la chaîne industrielle menant du pétrole à l’objet manufacturé. “C’est alors que naquit notre polystyrène / Polymère produit du plus simple styrène / Polymérisation ce mot chacun le sait / Désigne l’obtention d’un complexe élevé / De poids moléculaire”, narre le commentaire en alexandrins, écrit par le futur auteur de Zazie dans le métro. Le polystyrène est donc un matériau dérivé du pétrole, facilement transformable.
“C’est un thermoplastique alvéolaire et expansible. Le grand public le connaît d’ailleurs sous sa forme expansée, lorsqu’il est utilisé en tant qu’emballage” explique Clément Spiteri, chargé de mission d’Éco PSE, un groupement d’intérêt économique (GIE) promouvant les filières de recyclage des emballages en polystyrène expansé (PSE). Caisses à poissons, emballages de viande, cales pour produits électroménagers… Dans certains secteurs, le PSE est devenu depuis plusieurs dizaines d’années un mode d’emballage incontournable. “D’autres solutions seront peut-être élaborées à l’avenir, mais pour le moment, on ne peut pas faire sans. Le poisson nous est par exemple systématiquement livré dans des caisses en polystyrène” constate Alban Grazelie, président de U Éco Raison Ouest, filière développement durable de Système U et directeur du magasin Super U de Châteauneuf-sur-Sarthe.
Les propriétés de ce matériau sont nombreuses. Très léger, puisqu’il est composé à 98 % d’air, le polystyrène expansé est isotherme, résistant aux chocs, apte aux contacts alimentaires, et il fait preuve d’une grande stabilité, en conservant ses propriétés dans le temps. “Il est aussi utilisé dans le domaine de la santé pour le transport de vaccins, mais aussi d’organes à greffer. Le développement de la vente en ligne sur Internet a par ailleurs tendance à booster l’utilisation du PSE”, ajoute Clément Spiteri. Face à cette utilisation massive et plutôt diversifiée du polystyrène expansé, les professionnels concernés sont confrontés à la question du devenir des déchets PSE. Plutôt que de les jeter, en faisant procéder à leur enfouissement selon les réglementations en vigueur, le choix du recyclage semble progressivement s’imposer comme une alternative crédible.
Un matériau 100 % recyclable
Depuis une vingtaine d’années, les avancées techniques en matière de recyclage du polystyrène sont notables et offrent la possibilité d’une seconde vie à ce matériau. “Concernant le polystyrène non expansé présent dans l’automobile, le bâtiment ou les produits électroniques, les filières de recyclage sont peu avancées et compliquées à mettre en place. Mais pour le PSE, la dynamique est impulsée. La profession s’est organisée autour du GIE Éco PSE, qui a acquis une véritable légitimité en démontrant la faisabilité du recyclage de ces emballages”, indique Jean-Charles Caudron, chef de service adjoint Filières responsabilité élargie du producteur et recyclage, au sein de l’Ademe. Concrètement, le polystyrène expansé blanc, propre et sec – qui n’a donc pas contenu d’aliments – va être broyé sans que cela détruise les billes qui le constituent, et sera réutilisé pour fabriquer de nouveaux emballages ou des plaques et dalles d’isolation dans le bâtiment, ou bien être extrudé pour obtenir un granulé de polystyrène, qui servira ensuite de matière première dans l’industrie plastique, pour la fabrication de coffrets CD, cintres, mobilier urbain…
Une solution qui peut également convenir au PSE “souillé”, qui a été au contact d’aliments. Et pour les gisements qui ne pourraient être recyclés faute de filière viable ou rentable, reste la valorisation énergétique, qui consiste à les utiliser comme combustible et à récupérer l’énergie ainsi produite. “Il y a encore cinq ou six ans, la seule solution pour recycler le PSE, c’était de faire appel aux usines de production de polystyrène. Elles sont environ 25 en France et ont toutes mis en place des filières dédiées. Mais depuis, des recycleurs qui ne font que cela se sont créés”, constate Clément Spiteri. L’industriel ou le directeur de magasin qui souhaite recycler ses déchets commence donc à disposer d’un éventail de plus en plus conséquent de solutions.
Certaines filières très spécifiques se mettent même en place. Ainsi, Opale Valo Emballage, filiale d’Ikos Environnement, s’est spécialisée dans la collecte et le traitement des caisses à marée du port de Boulogne-sur-Mer. “Nous travaillons avec 70 à 80 % des mareyeurs. Une fois collecté, broyé et compacté, le PSE est revendu en pains à des industriels qui en font des produits finis, ou à des négociants, qui les envoient à l’export, en majorité vers l’Asie” raconte Valéry Nguyen, responsable de site chez Ikos Environnement. Faisabilité technique, offre qui se densifie au plan géographique… Recycler le PSE peut devenir une réalité concrète pour les détenteurs de gisements industriels et commerciaux. Beaucoup franchissent d’ailleurs le pas, par volonté de préserver l’environnement, et surtout pour tenter de faire quelques économies.
Recycler pour dépenser moins
Aujourd’hui, la France recycle environ 32,5 % de ses emballages PSE. Un chiffre qui grimpe à 60 %, si on écarte les gisements ménagers, c’est-à-dire les déchets détenus par M. et Mme Tout-le-monde, pour se concentrer sur les gisements industriels et commerciaux. En 2003, seuls 36 % de ces emballages utilisés par les professionnels étaient valorisés. Preuve s’il en est de la dynamique indéniable à l’œuvre dans ce domaine. Alors, les industriels ont-ils vu leur fibre écologique se développer à toute vitesse pendant la dernière décennie ? “Il y a un aspect générationnel fort. Nos associés qui ont débuté dans les années 70 ont connu l’époque où l’on brûlait les pneus à l’arrière des magasins. Les jeunes, eux, intègrent automatiquement le facteur environnemental, ils ont été bercés par cela pendant leurs études”, affirme Thierry Desouches, responsable des relations extérieures de Système U.
Des convictions en faveur du développement durable qui soutiennent la demande en matière de recyclage… Oui, mais pas seulement. La seconde vie donnée au PSE répond davantage à des motivations économiques qu’écologiques. Jeter les déchets, en l’occurrence faire enfouir des emballages PSE usagés, cela a un coût. Dès lors, s’engager dans une procédure de recyclage peut permettre de dépenser moins, et in fine de gagner de l’argent. “Les détenteurs de gisements ont clairement réalisé que la charge financière de l’élimination de ce type de déchets peut être moindre ainsi. Cela a permis la mise en place d’une mécanique industrielle avec l’idée qu’il y a des débouchés pour les gisements de PSE” confirme Jean-Charles Caubron. Avec une demande de matières recyclées plutôt en hausse, notamment sur certains marchés comme l’Asie, et un coût d’élimination des déchets de plus en plus élevé, le calcul est imparable pour beaucoup de professionnels.
“Le coût d’une tonne de DIB [Déchets industriels banals, ndlr], auxquels est incorporé le PSE qui ne part pas en recyclage, est de 120 euros. S’il compacte le PSE, puis nous le renvoie jusqu’à notre site de recyclage de Nantes-Atlantique où il est traité à nouveau pour obtenir des pains de de 50/60 kilos conditionnés en palettes de 800 kilos qui seront revendus à un recycleur, le magasin est rémunéré 340 euros la tonne. Somme à laquelle nous déduisons tout de même les frais de transport et de traitement” détaille Alban Grazelie. Faire le pari du recyclage du PSE, c’est donc possible et potentiellement tout à fait cohérent au plan économique. Attention tout de même. Pour que le polystyrène devienne un facteur de revenu au lieu de coût, les conditions doivent être véritablement optimales entre taille du gisement, coût de transport et choix logistiques.
Des freins subsistent
Développer une économie circulaire du PSE, grâce au recyclage et à la revente de ce matériau sur un second marché, est donc devenu une réalité tangible. Beaucoup de professionnels détenteurs de gisements jouent le jeu, convaincus qu’ils peuvent ainsi optimiser leur budget de gestion des déchets, et en prime s’inscrire dans une démarche de développement durable. Problème, ce cercle vertueux n’est pas si facile à impulser. “Les filières de recyclage mettent en avant l’argument du moindre coût, mais du côté des détenteurs de gisements, le point de vue peut être différent. Il faut en effet prendre en compte l’ensemble des coûts réels, dont la logistique en magasin pour préparer le PSE à être transporté, puis recyclé”, tempère ainsi Sophie Gillier, chargée de mission environnement et nouvelles technologies chez Perifem, l’association technique du commerce et de la distribution.
Beaucoup de magasins choisissent de compacter le PSE en interne, pour en réduire le volume et optimiser ainsi les rotations des camions vers les sites de recyclage. Cela nécessite de la main-d’œuvre, du temps, mais aussi l’achat d’une machine dédiée. Le coût d’une unité de compactage du PSE peut ainsi être estimé à 150 000 euros, sans compter le salaire des opérateurs. Tous les détenteurs de gisements ne peuvent se le permettre. “Pour un magasin trop petit, qui est en dessous de 17 à 18 millions de chiffres d’affaires, l’achat de la presse est compliqué à amortir. Généralement, ceux-ci ne nous font donc pas remonter leur PSE. Même pour les 190 magasins de la région Ouest qui recyclent, il n’est pas vraiment question de gagner de l’argent, contrairement à d’autres matériaux comme le carton. Avec le polystyrène, on cherche surtout à ne pas en perdre, à atteindre l’équilibre”, souligne Alban Grazelie. Sensibiliser le personnel à la démarche de recyclage est également essentiel, puisque celui-ci va être amené à effectuer de nouvelles tâches.
Il importe par exemple de trier le PSE propre et le PSE souillé, qui ne suivent pas les mêmes circuits de valorisation. Une formation est donc indispensable auprès de la main-d’œuvre concernée. Autant dire que les détenteurs de gros gisements aisément identifiables, travaillant en réseau au sein d’une enseigne par exemple, et disposant de ressources financières propres à amortir les coûts inhérents à la démarche de compactage/recyclage, ont le profil idéal pour donner une seconde vie à leurs déchets PSE. Pour les autres, la pertinence au plan économique paraît plus aléatoire. Avant de se lancer, beaucoup tâtonnent avant de trouver la solution idéale pour recycler le polystyrène expansé.
À chaque gisement sa solution
“À coût égal ou à moindre coût, les entreprises du commerce et de la distribution agiront pour l’environnement. Mais en période de crise, alors que des licenciements ont lieu, elles ne le feront pas à des coûts supérieurs” affirme Sophie Gillier. Pour que le recyclage du PSE continue de se développer en France, les détenteurs de déchets de polystyrène expansé doivent donc être sûrs d’atteindre l’équilibre. Cela passe par une réflexion à mener en interne pour définir quelle solution est la plus adaptée. Le GIE Éco PSE préconise ainsi aux professionnels potentiellement concernés “de quantifier précisément le gisement de PSE à recycler, afin d’estimer au plus juste la solution de recyclage adaptée et le temps de retour sur investissement”.
Parmi les entreprises qui ont été les premières à se lancer dans le recyclage de ce matériau, beaucoup ont testé plusieurs dispositifs avant de trouver le plus économique. Dans la grande majorité des cas, trier et compacter le PSE en interne, avant de revendre à un recycleur, constitue la solution la plus pertinente. Darty, détenteur du plus gros gisement de d’emballages PSE de produits bruns et blancs en France, centralise par exemple le traitement de ce type de déchets sur sa plateforme logistique de Mitry-Mory. La direction de la communication de l’entreprise de vente de produits électroménagers souligne que le compactage sur place permet de diviser par trente les volumes et de réduire ainsi les coûts de transport de ces blocs de polystyrène, vers Barisien, la société qui les recycle. Ce dispositif date d’une dizaine d’années, et a été mis au point grâce à la collaboration nouée avec Éco PSE.
Les tentatives élaborées au cours des années 90 avaient dû être abandonnées car non satisfaisantes d’un point de vue financier. Chez Système U, c’est également le compactage en interne qui a été retenu pour développer la filière U Éco Raison. “Le recyclage du PSE a été long à démarrer. Les premiers associés vendéens à se lancer étaient des puristes, des pionniers. Au fil du temps, la filière s’est organisée dans la région Ouest. Nous nous sommes rendu compte qu’il était plus économique d’effectuer un pré-traitement de ces déchets en interne, mais aussi de se regrouper entre magasins pour peser lors des négociations avec les recycleurs” constate Alban Grazelie. Pour que ce type de solutions soit accessible au plus grand nombre, de nombreux défis restent donc à relever. Développer des filières de recyclage au plan local constitue une piste fondamentale pour que le recyclage du PSE devienne une évidence.
Des filières locales pour un recyclage optimal
Le principe d’économie circulaire consiste à recycler un produit, ensuite réintroduit dans un processus de production. Appliqué aux emballages PSE, ce concept a tout pour séduire, mais on l’a vu, ne va pas de soi. Pour que le cercle vertueux épouse parfaitement les principes du développement durable, les filières de recyclage doivent encore développer leur ancrage local. Collecter son PSE pour le vendre à un recycleur, c’est bien, mais éviter de le transporter via de longs, coûteux et polluants trajets en camion, c’est encore mieux. Le compactage sur site permet, pour un gisement de 150 tonnes de PSE par an, de passer de 300 à 10 rotations par an. De nombreuses enseignes utilisent le principe de logistique inverse, en utilisant les camions de livraison remontant à vide vers les centrales et les plateformes régionales, pour faire remonter leurs flux de polystyrène compacté.
Collaborer avec un recycleur ou un négociant au plan local permet d’accroître encore les économies réalisées et de réduire un peu plus l’impact sur l’environnement. “Le taux de PSE recyclé des gisements industriels et commerciaux va continuer d’augmenter, parce que jeter ses déchets va revenir de plus en plus cher, mais aussi parce que le maillage territorial des entreprises proposant une solution de recyclage se densifie. À terme, même les petits gisements vont pouvoir trouver des solutions adaptées à proximité” assure Clément Spiteri. Une confiance affirmée, également portée par la volonté de certains professionnels de trouver des débouchés de proximité à l’autre bout de la chaîne, au moment de la revente du polystyrène recyclé. C’est par exemple le sens de la démarche d’Opale Valo Emballages.
“Nous voulons boucler la boucle en ne nous contentant pas de collecter et compacter le PSE, mais en le recyclant pour obtenir des granulés que nous pourrions revendre à des industriels du Nord-Pas-de-Calais. Cela nous permettra de supprimer un intermédiaire et de bâtir une filière pérenne au plan géographique et économique” explique ainsi Valéry Nguyen. Plus que les déchets PSE issus des activités industrielles et commerciales – pour lesquels la dynamique semble enclenchée, notamment pour les gros gisements clairement identifiés –, le défi pour les années à venir est bel et bien celui des gisements ménagers. Ces millions de tout petits gisements très éclatés passent en effet encore en grande majorité à travers les mailles du filet tissé par les filières de recyclage.
Certification environnementale
Un référentiel pour le PSE
Depuis sa création en 1993 par des fabricants d’emballages en polystyrène expansé, le GIE Éco PSE s’est donné pour mission de favoriser le développement de filières de recyclage et de promouvoir ce matériau auprès des professionnels et du grand public. Pour rendre sa démarche plus lisible, il a lancé en décembre 2010, en collaboration avec le bureau Veritas, le référentiel Uni’vert PSE. “Il concerne pour le moment seulement les transformateurs, c’est-à-dire les sites de production qui disposent tous d’une activité de recyclage. À terme, nous souhaitons l’étendre aux entreprises qui ne font que du recyclage” détaille Clément Spiteri, chargé de mission chez Éco PSE.
Pour pouvoir se réclamer de ce référentiel, les sites doivent être adhérents du GIE, puis se soumettre à un audit indépendant pas seulement fondé sur la capacité à proposer des solutions de recyclage adaptées à chaque client. “La traçabilité, c’est-à-dire la capacité à fournir des preuves du recyclage, figure également au cahier des charges. Les exigences portent aussi sur la diminution des consommations d’eau et d’énergie sur les sites, et plus généralement sur la mise en place de pratiques de production respectueuses de l’environnement” complète Clément Spiteri.
Pour l’heure, 18 sites peuvent se prévaloir du référentiel Uni’vert PSE. Un bon moyen pour eux de communiquer auprès de leurs partenaires et clients, en soulignant que la filière a pris en marche le train du développement durable. Sur le site Internet de Knauf Industries, l’un des poids lourds du secteur, Frédéric Sacre, directeur du site de Castejaloux, se félicite : “Les clients ont l’assurance de la mise en place de bonnes pratiques en faveur de l’environnement. Les engagements sont clairs et les résultats tangibles”. Outil de communication, ce référentiel ne va certes pas à lui seul convaincre les détenteurs de gisements PSE de se tourner vers le recyclage, mais il illustre tout de même la démarche volontariste et louable qui anime de nombreux acteurs de la filière en faveur du développement durable.

Source: Le Nouvel Economiste (http://goo.gl/n4Hlf)

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